Concert du 03 octobre 2010

L’Ensemble Baroque de Montargis propose un concert consacré à la

Flûte à bec.

 

Cet instrument, étonnamment méconnu, possède l'un des répertoires les plus

vastes. Son histoire est riche de bouleversements, d'évolutions, d'apparitions et de

disparitions successives. On retrouve pourtant, à travers l'iconographie, la

littérature, etc. quantités de traces de son emploi à travers le temps.

La musique qui a été pratiquée à la Flûte à bec reste malheureusement pour

beaucoup perdue, en particulier pour le Moyen Age. Mais ce qui nous est

parvenu suffit amplement pour se faire une idée de l'importance de ses emplois.

L’Ensemble Baroque de Montargis se propose cette année de montrer quelques

aspects de cet immense répertoire.

Ainsi, nous voyagerons du XVème siècle à.... aujourd'hui. Les compositeurs

choisis seront, entre autres : Gilles Binchois, Johann Mattheson, Jean-Sébastien

Bach ou encore Paul Hindemith.

De tailles, de formes, d'aspects différents, la Flûte à bec sera exposée, jouée,

dévoilée à travers un répertoire très contrasté aux multiples facettes.

 

Flûtistes

Claire Duteurtre

Marc Perbost

Christian Chandellier

 

 

 

PROGRAMME

 

Johann MATTHESON (1681-1764)

Sonate Opus 1 n° 10

Pour trois Flûtes à bec alto

Grave, Andante, Adagio et Gigue

Claire Duteurtre, Marc Perbost et Christian Chandellier

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

Partita pour flûte seule BWV 1013

Allemande, Corrente, Sarabande, Bourré Angloise.

Christian Chandellier

Michel LYSIGHT

D'après Stephen Hawking I : A Joseph Grau

Quarks

Pour Flûtes à bec Alto, Ténor et Basse

Claire Duteurtre, Marc Perbost et Christian Chandellier.

Gilles BINCHOIS (v. 1400-v. 1460)

L'ami de ma dame

Triste plaisir

Pour prison

Claire Duteurtre, Marc Perbost et Christian Chandellier.

Paul HINDEMITH (1895-1963)

Plöner Musiktag. Abendkonzert : trio für Blockflöten

Lebhaft, Lebhaft, Fugato, Langsam

Claire Duteurtre, Marc Perbost et Christian Chandellier.

 

 

Le manuscrit tardif qui nous est parvenu de la Partita pour flûte seule BWV

1013 à été réalisé par deux copistes différents. Un pour l'Allemande et la

Corrente et un autre pour les troisième et quatrième mouvements,

respectivement intitulés Sarabande et Bourrée Angloise. Si l'Allemande « à

l'italienne », où l'auteur s'est donné pour défit de composer un mouvement

entièrement en doubles croches avec pourtant du rythme, du contrepoint, etc.

ressemble aux défis que Bach aimait à se donner ; si la Corrente, brillante par

ses contrepoints serrés peut aussi renvoyer au maître de Coethen, il n'en va pas

de même pour la Sarabande qui n'en est pas une malgré sa beauté ainsi que pour

la Bourrée.... Angloise. Il n'existe pas de Bourrée « Angloise ». Quelqu'un a écrit

« par M. J.S Bach » sur cette partition... On ne prête qu'aux riches, dit-on. Il est

donc naturel d'attribuer cette très belle oeuvre au grand J.S Bach.

Le Trio de Paul Hindemith est sans doute la seule oeuvre importante de la

première partie du XXème siècle écrite pour flûte à bec. Avec la méthode

dodécaphonique, Schönberg avait tenté une « déhiérarchisation » peut-être

illusoire des sons. Pour Hindemith, quelques principes tels la polarisation des

sons restent incontournables. Il choisit donc un pôle, une tonique. Sa musique,

polaire, et donc non tonale, rejette par ailleurs la notion d'intervalles

supportables ou non. Son écriture est pourtant rigoureuse et riche. La fugue dans

le troisième mouvement le montre bien. C'est la partie la plus achevée du trio.

Face à une oeuvre si riche, on ne peut que regretter l'intérêt relatif de Hindemith

pour les timbres. La flûte à bec, en pleine renaissance n'aurait-elle pas mérité

plus d'une oeuvre ?

Le Trio de Hindemith à été conçu, pour des raisons historiques, pour une flûte

soprano en la et deux altos en ré. Il est généralement joué sur les flûtes modernes

en do et fa. Nous le proposons pour ce concert à un diapason et avec des flûtes

beaucoup plus proches de la version originale.

Cf. Christian Chandellier, « A propos du trio de Hindemith » in « Flûte à bec et

instruments anciens » n°26, novembre 1988. Article cité dans « The Recorder »

Routledge, 2003.

Gilles Binchois (de Binche) fut peut-être le plus distingué représentant de l'art de

la chanson à la cour du duc de Bourgogne, Philippe le Bon. Mais le terme de

chanson ne peut faire oublier que nous sommes ici au plus profond de la

polyphonie, de l'Art du contrepoint médiéval qui superpose les mélodies et les

rythmes à travers une complexité sans cesse affirmée et renouvelée. L'oreille,

« horizontale », est invitée à voyager d'une voix à l'autre et peut-être à s'égarer

dans l'espace créé et occupé par ces résonances multiples.

 

Christian Chandellier